dimanche 13 septembre 2020

Second Life

 Deuxième vie. Quasiment tout le monde a entendu parler de ce jeu.

Il y a déjà un moment, j'ai écrit cet article à propos du regard rétrospectif que nous posons sur le passé.

Jusqu'au 23 février 2018, j'ai vécu en couple. Le décès de ma compagne, voilà plus de 30 mois,  a mis fin à cette période de ma vie, 

30 mois ! 30 mois qui me semblent loin, mais loiiiiiiiin....

Comme quoi, ce n'est pas nécessairement la multiplicité des changements qui renforce l'impression d'éloignement temporel mais également, et surtout, leur radicalité.

Je suis né à nouveau. Je suis quelqu'un d'autre. Drastiquement. Le coup du Phénix.

Vivre seul. Ne plus cohabiter. Au cours de mon existence, je ne m'étais jamais retrouvé tout seul dans un logement. Consciemment ou non, je m'étais toujours arrangé pour l'éviter. Eh bien, à ma grande surprise, j'ai découvert que j'étais capable de m'y faire, comme on dit. M'y faire, c'est-à-dire faire de moi-même un être assez fort pour le supporter.

J'avais été civilisé. Je me suis réensauvagé. C'est pire ? C'est mieux ? Non, sans elle, ça ne peut pas être mieux. Je n'évalue pas, j'observe. Et ce que j'observe est, disons....intéressant. 

Etre moi. Juste moi. Rien que moi. Sans pelures identitaires.

JMM, musicien. 

Point (sans barre).




mercredi 4 septembre 2019

En fait, non.

Réponse critique à mon propre article du 15 juillet 2019
https://jeanmichelmagniez.blogspot.com/2019/07/tombe-par-inadvertance.html


En fait, non.
Est-ce si JO-YEUX que cela ?

Il y a, dans le sentiment unilatéral, un manque de quelque chose. Et ce quelque chose pourrait bien être le principe de réalité. Dans le sentiment amoureux, la réciprocité est ce qui fait qu'on cesse de patauger dans le virtuel, dans l'imaginaire, le fantasmatique. Qu'on a quelque chose contre quoi buter, se heurter, quelque chose de palpable -- le corps de l'autre, peut-être ? --  qui nous évite de dériver à toute allure, dépassant la vitesse critique pour aller se perdre à tout jamais dans l'espace, comme un astronaute détaché de son câble de sécurité lors d'une sortie extra-véhiculaire.

Estime, confiance, affection, complicité, signes de reconnaissance. C'est sur cet indispensable terreau qu'il est né. Si tous ces sentiments-là sont reflétés en face, une sorte de logique absurde nous fait imaginer que le "petit +", cet Eros venu bêtement et malencontreusement pousser sur le terreai d'Agape,  pourrait l'être aussi. Mais notre moi lucide n'a rien perdu de sa vigilance, il sait ce qui bloque cette partie de la réciprocité.

Transi, selon le terme consacréon a froid.
...Ou trop chaud.
On est comme sous amphétamines.
On brûle d'une énergie sans objet.
Energique, on l'est.
Cette énergie est une colère sublimée.
Sourde, intime, liée à un sentiment d'impuissance.

Alors, oui, il y aurait bien quelque chose à brûler. Ces parties de soi-mêmes que l'on brûle périodiquement afin de pouvoir renaître comme le Phénix et restaurer un rapport plus harmonieux avec l'existence, avec l'Être.
Quelque chose qu'il faudrait sacrifier comme du bois mort, pour ne pas risquer de se consumer tout entier.

C'est ce sentiment amoureux parasite qu'il faut brûler. Il faudrait s'en débarrasser enfin, de cette émotion qui nous rend "libre", trop libre, comme le ballon du même nom....

Ballons dits "libres" (non retenus par des câbles).

Seulement voilà, on en est incapable. La chose n'est pas sous notre contrôle.

Et, de surcroît, on y tient.
On s'y accroche du bout des ongles, comme pour ne pas tomber, comme à
Une unique raison de vivre.
Une unique raison d'être encore là.
Une unique raison d'encore avancer.
Et on avance.
Dans le brouillard. Sans but réel. Sans savoir où l'on va.

- Disparition du principe de réalité
- Incapacité à exterminer le pathologique
- Refus osbstiné et desespéré d'y mettre fin.

Ça définit quoi ? Ben, une névrose, c'te blague !


mercredi 24 juillet 2019

Seuls

[11:02]...et, du coup, de l'étudier sous cet angle, ça oblige à considérer que les gens "sains", c'est-à-dire ceux qui ne passent pas leur temps à être rongés par l'angoisse du temps et par l'anxiété de la mort qui approche ou par la conscience de l'infinie solitude, parce que y'a aussi cette conscience qui est redoutable chez l'être humain. On se rend compte, au fil de l'enfance, du fait que nos pensées n'appartiennent qu'à nous et, qu'au fond, l'autre ne nous comprend pas du tout. Jamais. Cette découverte assez sidérante que l'enfant fait que son parent, même quand il est très aimant, ne le comprend pas, qu'il ne sait pas ce qui se passe dans sa tête.

Ici



La partie en bleu est une longue digression par rapport au fil général de l'intervention mais c'est elle qui a attiré mon attention. A tel point que, seul devant mon ordi, je me suis écrié "Oui ! Voilà !" 👍

Donnez-moi de l'hypercommunication ! (si ce mot n'existe pas alors on n'a qu'à dire que je viens de l'inventer).

lundi 15 juillet 2019

Tombé par inadvertance...

On dit tomber amoureux.
Genre, oops, y'avait un ravin, je l'avais pas vu.

Du coup, on y reste parce que c'est un beau ravin.
Le monde de Merlin l'enchanteur.

Tiens ! Enchanté, c'est ce qu'on dit aux gens que l'on rencontre pour la première fois.
- Je vous présente M. Machpro
- Enchanté !

Enchanté ? C'est une blague, non ?
C'est pas ça, l'enchantement.
L'enchantement, c'est être en lévitation, en compagnie de la personne dont on est amoureux.
(...et le désenchantement, c'est en être séparé temporairement. Boum ! V'là le sol ! Le flyboard vient d'avoir une avarie).

Parenthèse : un flyboard, c'est ça. Ouaaah, le rêve !

Franky Zapata et son flyboard au défilé du 14 juillet.


Essayons encore
- Je vous présente Mme Dugland.
- Charmé !

Charme [... ] 1. Puissance magique ainsi produite. Synon. enchantement, ensorcellement, envoûtement.[...] (source : CNRTL).


Toujours pas ! Encore raté !
[je suis de mauvaise foi ? J'ai soigneusement sélectionné, parmi les multiples sens du mot, celui qui m'arrangeait ? C'est vrai, mais je suis sûr qu'il a précédé tous les autres].

Autre chose.
Il/ elle est amoureux-se mais il/elle n'est pas payé-e de retour. 
Si, si, on dit ça, il paraît

Payé ??!!
Eh, les gens, on parle d'amour, là, pas de comptabilité !

Allez vous faire voir, les mesquins !
On s'en fout. On est amoureux transis (ça se dit encore, ça ?), on aime "à fonds perdu".

Et c'est JO-YEUX !
(les romantiques désespérés, vous pouvez aller rejoindre les mesquins au piquet).

On ne demande rien à part la présence et l'estime de l'autre (que l'on a déjà, en général, c'est un prérequis pour que....la bulle monte jusqu'à la surface et éclate). On est bien comme ça...à part quelques petits coups de blues un peu douçeâtres de temps en temps.

Comment tombe-t-on amoureux ?
Hypothèse : par multiplication des codes, des mots de passe, des signes de reconnaissance, à force de vibrations sur les mêmes fréquences.
-- Bon, d'accord, je ne peux parler que pour moi-même --.

Autant dire que le coup de foudre...mmouais...<moue sceptique>. Personnellement, je ne sais pas à quoi ça ressemble. Faut le temps de les construire, ces codes.

Faut-il l'avouer ?
Sais pas.

L'avantage, c'est que ça fait un code de plus à partager.
Un GROS morceau de code, là.

L'inconvénient, c'est que, dans bien des cas, on sait qu'on va entendre ce qu'on n'a pas envie d'entendre.
OK, d'accord, on s'en doute, on le sait, que le sentiment n'est pas partagé. Mais se l'entendre dire donnerait à ce fait un supplément de réalité.

Alors, restons dans le langage modal. En musique, c'est un langage qui n'a pas de résolution, qui ne va nulle part, sinon vers l'infini...
...le potentiel, le mystère, l'inconnu, le léger, le diaphane...

Reconnaissance posthume à Jacques Higelin à qui j'ai emprunté le titre de l'article.
https://youtu.be/TmI9SB4VDl8
Tombé sur un jour de chance...
Tombé, par inadvertance, amoureux.


mardi 26 mars 2019

Empathie et neurones miroirs

Et si l'empathie, considérée généralement comme une qualité, n'en était pas toujours une ?

Ce que je vais écrire est totalement subjectif. Subjectif à deux titres
- ma théorie n'appartient qu'à moi et n'est pas nécessairement fondée
- peut-être que ce que je vais exposer ne décrit que mon propre fonctionnement.

Tout d'abord, je voudrais faire une distinction, qui me paraît fondamentale, entre l'empathie et la compassion. L'empathie est à large spectre, elle concerne tous les types d'émotions. La compassion, de son côté, est uniquement focalisée sur la détresse de l'autre, à l'exclusion de toutes les autres émotions comme la joie, l'ennui, le dégoût, etc...Là-dessus, je me base sur l'usage qui est généralement fait de ce mot par la majorité des locuteurs.

Les neurones miroirs


[...] Il est possible d'observer dans certaines régions du cortex cérébral (notamment autour de l'aire de Broca, homologue à l'aire F5 du singe, et au niveau du cortex pariétal, une activation à la fois quand l'individu produit une action et lorsqu'il observe un autre individu exécuter une action plus ou moins similaire. [...].

[...]

Un certain nombre de chercheurs (comme les psychologues Frans de Waal, Jean Decety et Vittorio Galleseont supposé que les neurones miroirs jouaient un rôle important dans l'empathie.

(Wikipedia)



Proposition de conclusions


1) Je fais le postulat que ces chercheurs ont raison et qu'en effet, dans l'empathie, ce sont nos neurones miroirs qui sont à l'œuvre et eux uniquement. Pour être (peut-être exagérément) matérialiste, je pourrais aller jusqu'à dire que l'empathie, c'est de la chimie.

SI j'ai raison, alors, l'empathie peut être évaluée de toutes les manières sur le plan moral.

- elle serait louable quand je fais mienne la détresse de l'autre

- elle serait neutre, anodine, quand je bâille parce que celui qui me fait face vient de bâiller. Phénomène reconnu et très courant et dont tout semble indiquer qu'il illustre le rôle des neurones miroirs.

- elle serait condamnable quand je suis pris d'un accès de violence devant le spectacle de la violence des autres.

2) Par ailleurs, n'oublions pas, dans la première citation, l'importance du mot "observer".

Cela voudrait dire que ce que j'appellerais l'empathie abstraite n'existe pas. Je ne peux pas éprouver de réelle empathie si l'autre, le "modèle" dont je suis censé refléter l'émotion, ne pénètre pas dans mon champ de perception ou de communication, s'il s'agit, par exemple, de quelqu'un dont j'entends parler mais qui se trouve à plusieurs milliers de kilomètres de moi, un individu que je n'ai jamais vu ni entendu. Mes neurones miroirs ne peuvent refléter que ce qu'ils perçoivent concrètement.

vendredi 22 mars 2019

Carl Rogers et la communication

Je peux vous proposer une petite expérience qui vous permettra de tester la qualité de votre compréhension. La prochaine fois que vous vous querellerez avec votre femme, un ami ou un groupe d'ami, arrêtez-là la discussion, et, à titre d'expérience, instituez la règle suivante. Chaque interlocuteur n'aura droit à la parole qu'une fois qu'il aura reformulé les pensées et les sentiments du locuteur précédent assez fidèlement pour que cette reformulation soit validée par ce dernier. (Carl Rogers).

Et ça, ce n'est pas trop à notre goût. Ce n'est pas du tout notre projet quand nous participons à une polémique ou même à une discussion plus anodine, avec moins d'enjeux. Il y chez nous une sorte de pulsion, aussi vieille que les anthropopithèques et, peut-être même les primates quadrupèdes qui nous ont précédés : la quête du statut de dominant.

Alors, notre projet intime n'est pas vraiment d'essayer de comprendre, en profondeur, ce que l'autre nous dit. Il est, au contraire, de démolir avec application ce qu'il a dit. C'est la stratégie de "l'épouvantail", straw man, comme disent les anglo-saxons. Je reprends ce que tu viens d'exprimer en le tordant, en le travestissant de toutes les manières possibles afin que tes paroles paraissent totalement dénuées de logique ou vouées à susciter l'indignation collective. Pourquoi ? Parce que je veux "gagner", être le plus fort, écraser l'adversaire, lui river son clou, comme on disait autrefois.

Mais ce malentendu n'est pas forcément volontaire. Le défaut de compréhension est très souvent réel. La carricature que je décris ci-dessus s'y superpose et le renforce.

Aucun de nous, au cours de son existence, n'a vu, entendu ou vécu les mêmes choses. C'est ce qu'on appelle l'expérience individuelle. Comment, alors, pourrions-nous nous comprendre ? Je veux dire, nous comprendre vraiment. C'est pourquoi Carl Rogers poursuit en disant "Vous pensez que c'est facile ? En réalité, vous vous apercevrez rapidement que c'est la tâche la plus difficile que vous ayez jamais eu à réaliser.

La discussion idéale n'est pas la guerre. Ce sont deux individus ou davantage qui unissent leurs logos respectifs, en toute honnêteté intellectuelle, en toute sincérité, et avec le plus de rigueur possible, pour la recherche de la vérité.

CODA
On aura noté que j'utilise assez fréquemment le pronom "nous", qui, de fait, inclut le rédacteur de ce blog. Il ne s'agit pas de fausse humilité, du moins je ne crois pas. Certes, je ne me reconnais pas dans certaines extrêmités que j'ai décrites. Mais une chose est sûre : je préfère avoir raison qu'avoir tort et je préfère être approuvé que contredit.