mardi 26 mars 2019

Empathie et neurones miroirs

Et si l'empathie, considérée généralement comme une qualité, n'en était pas toujours une ?

Ce que je vais écrire est totalement subjectif. Subjectif à deux titres
- ma théorie n'appartient qu'à moi et n'est pas nécessairement fondée
- peut-être que ce que je vais exposer ne décrit que mon propre fonctionnement.

Tout d'abord, je voudrais faire une distinction, qui me paraît fondamentale, entre l'empathie et la compassion. L'empathie est à large spectre, elle concerne tous les types d'émotions. La compassion, de son côté, est uniquement focalisée sur la détresse de l'autre, à l'exclusion de toutes les autres émotions comme la joie, l'ennui, le dégoût, etc...Là-dessus, je me base sur l'usage qui est généralement fait de ce mot par la majorité des locuteurs.

Les neurones miroirs


[...] Il est possible d'observer dans certaines régions du cortex cérébral (notamment autour de l'aire de Broca, homologue à l'aire F5 du singe, et au niveau du cortex pariétal, une activation à la fois quand l'individu produit une action et lorsqu'il observe un autre individu exécuter une action plus ou moins similaire. [...].

[...]

Un certain nombre de chercheurs (comme les psychologues Frans de Waal, Jean Decety et Vittorio Galleseont supposé que les neurones miroirs jouaient un rôle important dans l'empathie.

(Wikipedia)



Proposition de conclusions


1) Je fais le postulat que ces chercheurs ont raison et qu'en effet, dans l'empathie, ce sont nos neurones miroirs qui sont à l'œuvre et eux uniquement. Pour être (peut-être exagérément) matérialiste, je pourrais aller jusqu'à dire que l'empathie, c'est de la chimie.

SI j'ai raison, alors, l'empathie peut être évaluée de toutes les manières sur le plan moral.

- elle serait louable quand je fais mienne la détresse de l'autre

- elle serait neutre, anodine, quand je bâille parce que celui qui me fait face vient de bâiller. Phénomène reconnu et très courant et dont tout semble indiquer qu'il illustre le rôle des neurones miroirs.

- elle serait condamnable quand je suis pris d'un accès de violence devant le spectacle de la violence des autres.

2) Par ailleurs, n'oublions pas, dans la première citation, l'importance du mot "observer".

Cela voudrait dire que ce que j'appellerais l'empathie abstraite n'existe pas. Je ne peux pas éprouver de réelle empathie si l'autre, le "modèle" dont je suis censé refléter l'émotion, ne pénètre pas dans mon champ de perception ou de communication, s'il s'agit, par exemple, de quelqu'un dont j'entends parler mais qui se trouve à plusieurs milliers de kilomètres de moi, un individu que je n'ai jamais vu ni entendu. Mes neurones miroirs ne peuvent refléter que ce qu'ils perçoivent concrètement.

vendredi 22 mars 2019

Carl Rogers et la communication

Je peux vous proposer une petite expérience qui vous permettra de tester la qualité de votre compréhension. La prochaine fois que vous vous querellerez avec votre femme, un ami ou un groupe d'ami, arrêtez-là la discussion, et, à titre d'expérience, instituez la règle suivante. Chaque interlocuteur n'aura droit à la parole qu'une fois qu'il aura reformulé les pensées et les sentiments du locuteur précédent assez fidèlement pour que cette reformulation soit validée par ce dernier. (Carl Rogers).

Et ça, ce n'est pas trop à notre goût. Ce n'est pas du tout notre projet quand nous participons à une polémique ou même à une discussion plus anodine, avec moins d'enjeux. Il y chez nous une sorte de pulsion, aussi vieille que les anthropopithèques et, peut-être même les primates quadrupèdes qui nous ont précédés : la quête du statut de dominant.

Alors, notre projet intime n'est pas vraiment d'essayer de comprendre, en profondeur, ce que l'autre nous dit. Il est, au contraire, de démolir avec application ce qu'il a dit. C'est la stratégie de "l'épouvantail", straw man, comme disent les anglo-saxons. Je reprends ce que tu viens d'exprimer en le tordant, en le travestissant de toutes les manières possibles afin que tes paroles paraissent totalement dénuées de logique ou vouées à susciter l'indignation collective. Pourquoi ? Parce que je veux "gagner", être le plus fort, écraser l'adversaire, lui river son clou, comme on disait autrefois.

Mais ce malentendu n'est pas forcément volontaire. Le défaut de compréhension est très souvent réel. La carricature que je décris ci-dessus s'y superpose et le renforce.

Aucun de nous, au cours de son existence, n'a vu, entendu ou vécu les mêmes choses. C'est ce qu'on appelle l'expérience individuelle. Comment, alors, pourrions-nous nous comprendre ? Je veux dire, nous comprendre vraiment. C'est pourquoi Carl Rogers poursuit en disant "Vous pensez que c'est facile ? En réalité, vous vous apercevrez rapidement que c'est la tâche la plus difficile que vous ayez jamais eu à réaliser.

La discussion idéale n'est pas la guerre. Ce sont deux individus ou davantage qui unissent leurs logos respectifs, en toute honnêteté intellectuelle, en toute sincérité, et avec le plus de rigueur possible, pour la recherche de la vérité.

CODA
On aura noté que j'utilise assez fréquemment le pronom "nous", qui, de fait, inclut le rédacteur de ce blog. Il ne s'agit pas de fausse humilité, du moins je ne crois pas. Certes, je ne me reconnais pas dans certaines extrêmités que j'ai décrites. Mais une chose est sûre : je préfère avoir raison qu'avoir tort et je préfère être approuvé que contredit.

samedi 16 mars 2019

Et si...

Et si le regard rétrospectif que nous portons sur l'écoulement du temps passé dépendait principalement des changements que nous avons connus ?

"Rétrospectif" est important. En effet, je ne parle en aucun cas de la vitesse d'écoulement du temps présent, celui qui nous conduit à fixer les yeux sur la pendule pour regarder l'aguille des minutes avancer d'un pas, quand nous nous ennuyons ou, à l'inverse, nous fait dire "tiens, je ne pensais pas qu'il était si tard" quand le présent est actif, dynamisant, intéressant ou riche en défis à relever.

Non, je parle bien de cette perspective sur les années écoulées, qui nous fait dire "ces dix ou vingt dernières années sont passées à toute vitesse".

Devenu adulte, et plus tard encore, au-delà de la cinquantaine, nous avons souvent l'impression que ces années-là ont passé très vite. Cet épisode, qui date pourtant d'il y a une vingtaine d'années au moins, "c'était hier", disons-nous.

A l'inverse, nous avons le sentiment que l'époque de notre enfance s'est déroulée beaucoup plus lentement.

Imaginons un carnet dont chaque page contiendrait les changements qui se sont produits dans notre existence. A chaque changement important, on ouvrirait une nouvelle page.
Hypothèse : plus les années concernées contiennent de pages, plus nous avons l'impression qu'elles sont passées lentement.

Notre jeunesse est jalonnées de bouleversement fréquents. Nous changeons. Notre rapport au quotidien change également. Nous changeons de classe ou d'école. Nous réalisons des acquisitions incessantes.

Plus âgés, nous avons tendance à moins déménager, voire plus jamais. L'existence est monochrome, le quotidien se répète à l'identique. A la limite, une seule page du carnet est consacrée à notre âge mûr.
Ce serait cette immobilité des événéments qui ferait que le "temps est passé vite".

Pour résumer, mon hypothèse est que la vitesse -- ou plutôt, en l'occurrence, la lenteur -- de l'écoulement du temps, considéré rétrospectivement, serait fonction de la multiplicité des changements signifiants qui se sont produits.

Je le répète : si nous avons la fausse impression que le temps s'est écoulé lentement, c'est parce qu'il y a beaucoup de pages dans ce carnet imaginaire.
Au contraire : si nous sommes frappés par la proximité temporelle d'un événement pourtant déjà ancien, c'est parce que la période concernée contient très peu de pages, parfois même une seule.

dimanche 10 mars 2019

Un jour

Un jour, à Port-en-Bessin, dans le Calvados, je descendais une rue en voiture.

Plus bas, un couple de personne âgées s'apprêtait à la traverser. Ont-ils eu peur que je les renverse ? Je ne sais pas.

Mais les deux piétons se sont rapprochés l'un de l'autre. J'ignore, de l'homme ou de la femme, lequel voulait protéger l'autre. Les deux en même temps, je pense, et ce mouvement spontané, symbolique de la tendresse qui les unissait, m'a ému au plus plus profond.

Je m'en suis voulu, même si je n'avais pas l'impression d'aller trop vite, d'avoir représenté une menace pour eux, même imaginaire.

Je leur en ai voulu, un peu, d'avoir pensé que je pouvais constituer une menace.

J'en ai voulu à la société tout entière de contribuer, jour après jour, à renforcer dans l'esprit de nos vieux, cette idée qu'elle leur est indifférente, voire méprisante ou carrément hostile.

samedi 9 mars 2019

Détresse

Et si nous aimions les gens, non pas tant pour ce qu'ils font pour nous que pour ce que nous faisons pour eux ?

 Si c'était en forgeant que l'on devenait forgeron ?

 Image de la détresse. La seule chose véritablement vraie en ce monde.

Envie d'aider la personne en souffrance ou en difficulté.

Parce que je l'aime ? Non, je ne la connais pas. C'est un(e) anonyme croisé(e) au hasard du temps et de l'espace. Et c'est par ce mouvement vers elle que je me mets à l'aimer.

Et si 1

Et si on s'appelait... ?

 Je voudrais entendre ta voix douce. Juste ça.

Comme quand je t'avais appelée, de chez la copine qui m'hébergeait alors, il y a 36 ans de cela.

Tu m'avais quitté. J'étais malheureux. Du coup, je t'avais dit que je ne voulais plus te voir. Jamais. "C'est dommage", m'avais-tu répondu. Cette petite phrase, je t'entends encore la dire, doucement, sans acrimonie, mais sincère.

"Il" était attentif, attentionné, "l'autre" (est-ce qu'il ne s'appelait pas Yann ?) il te donnait l'impression de s'occuper de toi. Il était plus démonstratif que moi.

 Il faut dire que, l'année d'avant, c'est moi qui t'avais quittée. Pas pour une autre, non. Mais pour être libre, ne pas me sentir prisonnier d'une vie tracée d'avance, sur des rails.

 Quelques mois plus tard, tu m'avais rappelé. Ton nouveau copain t'avait larguée à son tour.

J'étais accouru immédiatement et nous avions repris la vie commune. C'était il y a 36 ans.

Tout de suite après, ou presque, nous avons fondé une belle famille, solidaire, et nous ne nous sommes plus quittés.

A cette époque, je cherchais "la femme de ma vie". Romantisme à la con. Il m'a fallu du temps pour comprendre que j'y étais, avec la femme de ma vie. Ou, pour reprendre les mots de ta sœur, que nous étions "faits l'un pour l'autre".

Non, nous ne nous sommes plus quittés.

 Enfin, presque plus.

Tu m'as quitté encore une fois, il y a un an.

 Et si on s'appelait... ? ...pour recommencer.

 Mais, là où tu es, dans ce pays d'où on ne revient pas, on n'appelle pas les vivants...si tant est que je le sois encore. Tu as trouvé la manière la plus efficace et la plus définitive de...disparaître. J'aurais sans doute préféré que tu partes avec un autre, comme la dernière fois.  J'aurais pu encore t'entendre ou te voir.

Aller sans retour, cette fois.