vendredi 22 mars 2019

Carl Rogers et la communication

Je peux vous proposer une petite expérience qui vous permettra de tester la qualité de votre compréhension. La prochaine fois que vous vous querellerez avec votre femme, un ami ou un groupe d'ami, arrêtez-là la discussion, et, à titre d'expérience, instituez la règle suivante. Chaque interlocuteur n'aura droit à la parole qu'une fois qu'il aura reformulé les pensées et les sentiments du locuteur précédent assez fidèlement pour que cette reformulation soit validée par ce dernier. (Carl Rogers).

Et ça, ce n'est pas trop à notre goût. Ce n'est pas du tout notre projet quand nous participons à une polémique ou même à une discussion plus anodine, avec moins d'enjeux. Il y chez nous une sorte de pulsion, aussi vieille que les anthropopithèques et, peut-être même les primates quadrupèdes qui nous ont précédés : la quête du statut de dominant.

Alors, notre projet intime n'est pas vraiment d'essayer de comprendre, en profondeur, ce que l'autre nous dit. Il est, au contraire, de démolir avec application ce qu'il a dit. C'est la stratégie de "l'épouvantail", straw man, comme disent les anglo-saxons. Je reprends ce que tu viens d'exprimer en le tordant, en le travestissant de toutes les manières possibles afin que tes paroles paraissent totalement dénuées de logique ou vouées à susciter l'indignation collective. Pourquoi ? Parce que je veux "gagner", être le plus fort, écraser l'adversaire, lui river son clou, comme on disait autrefois.

Mais ce malentendu n'est pas forcément volontaire. Le défaut de compréhension est très souvent réel. La carricature que je décris ci-dessus s'y superpose et le renforce.

Aucun de nous, au cours de son existence, n'a vu, entendu ou vécu les mêmes choses. C'est ce qu'on appelle l'expérience individuelle. Comment, alors, pourrions-nous nous comprendre ? Je veux dire, nous comprendre vraiment. C'est pourquoi Carl Rogers poursuit en disant "Vous pensez que c'est facile ? En réalité, vous vous apercevrez rapidement que c'est la tâche la plus difficile que vous ayez jamais eu à réaliser.

La discussion idéale n'est pas la guerre. Ce sont deux individus ou davantage qui unissent leurs logos respectifs, en toute honnêteté intellectuelle, en toute sincérité, et avec le plus de rigueur possible, pour la recherche de la vérité.

CODA
On aura noté que j'utilise assez fréquemment le pronom "nous", qui, de fait, inclut le rédacteur de ce blog. Il ne s'agit pas de fausse humilité, du moins je ne crois pas. Certes, je ne me reconnais pas dans certaines extrêmités que j'ai décrites. Mais une chose est sûre : je préfère avoir raison qu'avoir tort et je préfère être approuvé que contredit.

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