samedi 16 mars 2019

Et si...

Et si le regard rétrospectif que nous portons sur l'écoulement du temps passé dépendait principalement des changements que nous avons connus ?

"Rétrospectif" est important. En effet, je ne parle en aucun cas de la vitesse d'écoulement du temps présent, celui qui nous conduit à fixer les yeux sur la pendule pour regarder l'aguille des minutes avancer d'un pas, quand nous nous ennuyons ou, à l'inverse, nous fait dire "tiens, je ne pensais pas qu'il était si tard" quand le présent est actif, dynamisant, intéressant ou riche en défis à relever.

Non, je parle bien de cette perspective sur les années écoulées, qui nous fait dire "ces dix ou vingt dernières années sont passées à toute vitesse".

Devenu adulte, et plus tard encore, au-delà de la cinquantaine, nous avons souvent l'impression que ces années-là ont passé très vite. Cet épisode, qui date pourtant d'il y a une vingtaine d'années au moins, "c'était hier", disons-nous.

A l'inverse, nous avons le sentiment que l'époque de notre enfance s'est déroulée beaucoup plus lentement.

Imaginons un carnet dont chaque page contiendrait les changements qui se sont produits dans notre existence. A chaque changement important, on ouvrirait une nouvelle page.
Hypothèse : plus les années concernées contiennent de pages, plus nous avons l'impression qu'elles sont passées lentement.

Notre jeunesse est jalonnées de bouleversement fréquents. Nous changeons. Notre rapport au quotidien change également. Nous changeons de classe ou d'école. Nous réalisons des acquisitions incessantes.

Plus âgés, nous avons tendance à moins déménager, voire plus jamais. L'existence est monochrome, le quotidien se répète à l'identique. A la limite, une seule page du carnet est consacrée à notre âge mûr.
Ce serait cette immobilité des événéments qui ferait que le "temps est passé vite".

Pour résumer, mon hypothèse est que la vitesse -- ou plutôt, en l'occurrence, la lenteur -- de l'écoulement du temps, considéré rétrospectivement, serait fonction de la multiplicité des changements signifiants qui se sont produits.

Je le répète : si nous avons la fausse impression que le temps s'est écoulé lentement, c'est parce qu'il y a beaucoup de pages dans ce carnet imaginaire.
Au contraire : si nous sommes frappés par la proximité temporelle d'un événement pourtant déjà ancien, c'est parce que la période concernée contient très peu de pages, parfois même une seule.

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